2007/10/01

ENERGIE ZERO... ARCHITECTURE ZERO?

Dans un interview accordé au journal Le Monde daté du 29 septembre 2007, l'architecte Françoise-Hélène Jourda, présentée comme "une des rares figures de l'architecture française spécialistes de la construction écologique dans l'Hexagone" dit une chose intéressante:

"Le développement durable va bouleverser l'écriture architecturale autant que la révolution industrielle."

Pour moi aussi, ça semble logique.
Parce que réfléchir à de nouveaux dispositifs de construction dans le but de consommer moins d'énergies polluantes et d'émettre moins de CO2 doit aussi et surtout aboutir à la fabrication de nouveaux types d'espaces, souvent appelés espaces tampons, aux qualités et aux pratiques différentes.
Parce que la révolution technologique seule n'est pas intéressante.
On n'habite pas l'intérieur d'un panneau photovoltaïque alors qu'un espace tampon comme par exemple un jardin d'hiver permet de jouer sur les 2 tableaux: l'économie d'énergie et l'espace supplémentaire.
Sauf que...
Le dernier bâtiment que Françoise-Hélène Jourda construit, un immeuble de bureaux de 4500m2 et présenté comme le premier bâtiment à énergie zéro construit en france (!), c'est ça:



"éNergie zérO" - Saint-Denis (en cours)
Pour atteindre l'énergie zéro, le cabinet Jourda a travaillé sur la compacité des volumes, l'isolation extérieure et l'énergie solaire.


Tout de suite après ça, je pense qu'un retour, même rapide, sur "révolution industrielle et architecture" s'impose parce que moi je veux bien qu'on me parle "d'écriture architecturale" à nouveau totalement révolutionnée mais là, y'a méprise non?

La révolution industrielle, elle nous a, entre autres, apporté ça:


c'est à dire des volumes jusqu'ici jamais produits, une qualité de lumière naturelle exceptionnelle, des structures comme de la dentelle... à une époque où construire à Paris se limitait encore à empiler des pierres!

Bref, ça c'était un blast, un vrai, pour tous les visiteurs du grand palais construit en 1900 à l'occasion de l'expo universelle à Paris.

Je regarde les images du projet de Jourda et je cherche le blast, les nouveaux types d'espaces, la nouvelle écriture architecturale... et je cherche... encore.
Par contre je vois bien le mur pignon entièrement recouvert de panneaux photovoltaiques et je vois encore mieux le slogan "énergie zéro" histoire de ne pas oublier que le développement durable, c'est aussi beaucoup de com!

Et donc: ce n'est pas parce qu'on utilise les mêmes mots qu'on a forcément la même approche du sujet...
A moins que je n'ai pas bien compris à quel type de révolution nous devions nous préparer...
C'est vrai en fait, c'est important de bien comprendre ce qu'elle propose pour savoir si on est d'accord ou pas avec elle, si les mots magiques de développement durable ne serait pas l'occase de nous faire passer un bon vieux retour en arrière...

Exemples:

1 - "Les bâtiments devront être plus compacts, mais c'est à nous de faire en sorte que cette compacité devienne belle.
"BELLE", le mot est lâché, l'écriture architecturale doit être belle même si les mots qu'on met derrière sont moches!
La compacité ok mais pas systématiquement. Si certains espaces nécessitent une optimisation, d'autres doivent au contraire être traités avec encore plus de générosité, et ça c'est l'économie générale du projet qui le permet. Il y a là une balance à trouver de sorte que trop d'investissement dans des équipements coûteux ne conduise pas à une réduction de toutes les surfaces... la fameuse compacité!

2- "Il faudra créer beaucoup d'espaces tampons. Ils seront aussi moins largement vitrés."
?!!!..??!! Comprends pas! Ok pour la créations d'espaces tampons sauf que si ces espaces tampons ne prennent pas très largement le soleil (pour profiter des apports gratuits) et qu'ensuite ils ne sont pas très largement ouverts/vitrés sur le reste des espaces, ils ne serviront à rien!

3- "L'isolation permet de consommer très peu d'énergie, qui est plus que compensée par les cellules photovoltaïques en toiture et en façade."
L'isolation est en train de devenir LE futur marché du siècle. Borloo ne parle plus que de ça. Même José Bové pendant la dernière campagne présidentielle avait chopé le train de l'isolation en l'associant à celui de l'emploi. Proposition de José Bové: si on met tous les chômeurs sur des échaffaudages en leur disant vas-y coco pose de la laine de verre au kilomètre sans passer devant les fenêtres quand même (sauf que la laine de verre c'est beurk... mais là c'est encore un autre débat...) ça fait du monde au boulot...

Ché pas vous mais moi quand j'ai entendu ça, j'ai failli me laisser pousser la moustache, pour pouvoir rire dedans.

Et si on doit rire, alors autant rire avec un truc vraiment drôle parce qu'en matière de projet révolutionnaire lié à la lutte contre le réchauffement de la planète, le domaine des transports est de loin celui qui s'éclate le plus.
Et là, ça défonce en matière de ré-écriture des codes esthétiques traditionnels!
La preuve avec ce projet de banane pour l'instant géostationnaire au dessus du texas mais qu'on pourrait imaginer faire le tour de la terre, une barquette accrochée sous le ventre, comme les zeppelins naguère.


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